Madagascar : De la tolérance interreligieuse en milieux scolaires

Madagascar : De la tolérance interreligieuse en milieux scolaires

2 septembre 2019 0 Par ELAVOX

Vendredi midi, La cloche du lycée catholique Saint-Jean, adjacent à la cathédrale, sonne et déverse ses centaines d’élèves dans la rue. Cartable sur le dos, Michael hèle un tuk-tuk. Pas de temps à perdre, il ne faut pas rater la prière à la mosquée.

“J’essaie d’y aller le vendredi et le week-end”, explique l’élève de seconde à Antsiranana, une ville du nord de Madagascar. 

Depuis le primaire, Michael Beafara est scolarisé dans des établissements catholiques.

Avant de se rendre à la mosquée, l’adolescent de 16 ans passe chez lui pour troquer sa blouse kaki d’écolier, avec croix du Christ imprimée sur le c½ur, contre une djellaba rouille. 

Dans son lycée tenu par la congrégation des Filles de Marie, les musulmans représentent 12% des effectifs. Au lycée Saint-Joseph, à Antsiranana, ils sont 21%, alors qu’ils représentent moins de 10% de la population malgache.

Discipline, enseignement de qualité, accès à un réseau. Ce sont les arguments qui reviennent le plus chez les parents d’élèves, toutes religions confondues, pour expliquer leur choix pour l’enseignement catholique à Madagascar, pays majoritairement chrétien que le pape François visite dans quelques jours.

Les résultats scolaires parlent d’eux-mêmes: 63% de réussite au bac en 2017 dans ces établissements, héritage des missions catholiques de la colonisation, contre 38% dans le public.

La connotation religieuse des écoles catholiques – qui accueillent 11% des élèves du pays – importe peu pour les familles. Les élèves s’engagent pourtant à suivre la catéchèse et un cours de morale chrétienne baptisée “Education à la vie et à l’amour”.

“Il y a tant de points communs entre l’islam et le catholicisme”, constate Michael. “Catholiques et musulmans, on prie le même Dieu”, renchérit son père, Léonce Beafara.

– L’Aïd férié –

Elevé dans une famille chrétienne, ce fonctionnaire à la retraite a épousé une musulmane. Un parcours de vie fréquent dans cette région du nord de Madagascar, qui abrite la plus forte concentration de musulmans du pays.

La réussite affichée par les établissements catholiques a un prix. Jusqu’à 60.000 ariary (15 euros) par mois alors que le public est quasiment gratuit, dans un pays où les deux tiers des habitants survivent avec moins de 2 dollars par jour.

Il est 13H30 et la classe ne va pas tarder à reprendre à Saint-Jean. Pour Michael, c’est cours de religion chrétienne. 

Il salue ses amis d’un franc “Salaam alaikum”. Mais il a réendossé sa blouse de lycéen. Ici, seuls les signes religieux catholiques sont tolérés. Une statue de la Vierge veille à l’entrée de l’établissement, un crucifix dans chaque classe.

Elèves comme enseignants l’assurent, la religion n’y est jamais source de tension.

“La cohabitation entre musulmans et catholiques est banale”, explique Izad Assouman, 18 ans, étonné même qu’on puisse poser une question aussi incongrue. “On est égaux, on se respecte”, ajoute Michael, autorisé pendant le ramadan à s’absenter du lycée pour aller à la mosquée.

Dans cet état d’esprit, les élèves de Saint-Jean saluent la récente décision du président malgache Andry Rajoelina de décréter, par souci d’équité, l’Aïd el-Fitr (la fin du jeûne) jour férié, au même titre que des fêtes chrétiennes.

“Je suis parfois invité chez des copains musulmans pour la fin du ramadan”, se réjouit Frédéric Robinson, un lycéen catholique.

– Tolérance –

Pour s½ur Marie Theodosie, économe à Saint-Jean, l’origine de cette cohabitation pacifique est peut-être à chercher dans les coutumes traditionnelles de la région.

Quelle que soit sa religion, le porc y est banni et les femmes s’enveloppent dans des longues robes en tissu, proches des tenues musulmanes.

Soafa Jaoriky porte elle une marinière. Cette jeune musulmane enseigne l’informatique à Saint-Jean, où elle a étudié. 

“Je connais les prières catholiques”, explique-t-elle en riant. “Enfant, j’obligeais ma mère (musulmane) à les apprendre pour qu’elle puisse me les faire répéter.”

Malgré cette tolérance et cette proximité, les conversions restent rares, selon le père Gidlin Bezamany, responsable des écoles catholiques du diocèse d’Antsiranana. “Nous ne sommes pas là pour faire du prosélytisme”, assure-t-il.

A Antsiranana, les écoles catholiques ne demandent pas de certificat de baptême aux nouveaux venus, contrairement à de nombreux établissements d’Antananarivo, où les musulmans sont moins nombreux.

L’archevêque de la capitale, Odon Arsène Razanakolona, regrette toutefois cette politique à deux vitesses. “L’école est un grand instrument d’évangélisation”, estime-t-il, avant de se replonger dans les préparatifs de la visite du pape.

A Saint-Jean, Michael le musulman confie qu’il aimerait assister à la messe de François, “un homme respectueux”. Izas, son camarade de classe et de mosquée, est simplement “content pour les catholiques que le pape vienne”.

AFP